Dans une plaine,

il y a un guerrier

avec son casque en fer

et sa longue épée.

C'est le dernier jour du printemps,

le ciel est dégagé.

C'est le soir ,

Un soleil rouge inonde la plaine.

Sur le sol , l'ombre du guerrier.

*

" Ne regarde jamais ton ombre

Lui disait son maître

Sous le grand cerisier .

Si tu combats , il seront deux contre toi,

ton ennemi et ton ombre .

- Mais si je suis seul, Maître, puis je la regarder?

- Encore moins ! car il seront toujours deux contre toi :

Ton ombre et toi-même.

Chacun de nous est le pire ennemi de soi. "

Toute sa vie, le guerrier a évité son ombre.

Il ne sait pas comment elle est.

Et la voilà qui s'allonge, plus longue que jamais

sous le soleil rasant

du dernier jour du printemps.

*

Il sait qu'il tient son épée .

Il sait qu'il combat .

Il sent sur son front le poids de son casque,

dans sa poitrine le souffle de son coeur.

Dans une plaine

Il y a deux guerriers

Avec leur casque et leur épée;

un soleil rouge inonde la plaine

Et jette leurs ombres

Sur le sol,

effilées.

*

Des combats , il en a fait

Des centaines.

C'est un guerrier redoutable,

vénéré .

On dit de lui qu'il est en fer

comme son casque,

comme son épée.

Mais personne ne sait

Qu'il est fatigué.

Il cherche ce qui lui manque

Depuis des années.

Son combat se déroule bien ,

alors il pense à sa vie

En parant les coups de l'ennemi .

" Que me manque t-il au juste?

Je suis un brave guerrier...

Mon honneur me précède.

J'ai une femme , des enfants , et même une maison

Postérité est assurée.

Plus tard ,on dira de moi

c'était un brave guerrier.

*

C'est comme une danse, infiniment recommencée.

Des coups de sabre,

Des sauts de côté.

Parfois le fer des deux épées

fait une étincelle,

on dirait un soleil pareil au soleil rouge

qui inonde la plaine .

Et les ombre des armes , longues et effilées

se croisent sur le sol

au son du fer battu.

"Que me manque t-il,

de quoi suis je prisonnier ?

J'ai lu tous les beaux livres

Et fait ma poésie.

Je joue de la flûte et plaît encore aux dames.

Mes amis me comblent de présents.

Mes ennemis me respectent.

Je n'ai jamais rien fait qui me condamne..."

Sur le sol, les ombres s'allongent

, le crépuscule arrêtera bientôt le combat .

Les deux ennemis se salueront et s'offriront un présent.

Ainsi vont l'honneur et la loi.

*

Et puis, il la voit .

C'est une chose étrange et sinueuse

noire comme la nuit sur le sol rougi de la plaine .

Et tout devient soleil.

Et tout devient cerise.

Les yeux du maître se plissent de malice sous l'arbre en fleur .

Tout tourne , le soleil et la plaine,

les sabres et les casques

les flûtes ,

les visages de ses amis , le rire de ses enfants ,

le sourire des dames.

Dans un coin de ciel , un oiseau noir descend en tournant ,

lentement .

En regardant le sol , le guerrier dit à son ennemi :

" mon ombre est belle , raconte-le à mes amis."

Puis l'oiseau noir emporte le soleil avec l'ombre du guerrier.